LA RENOUÉE DU JAPON : l’envahissante richesse d’une plante venue d’Asie

Aromatth

3/8/20256 min read

C’est sûr, la renouée du Japon n’est pas victime de “love bombing”. Souvent montrée du doigt lorsqu’il faut trouver une plante envahissante à éradiquer, elle peut perturber certains écosystèmes de par sa surabondance. En effet, même si elle peut se reproduire par voie sexuée grâce à ses fleurs (et aux insectes, ne les oublions pas…), c’est plutôt sa propagation par rhizome (voie asexuée ou végétative) qui reste la plus efficace. Pour un individu, comptez un réseau de rhizome de 3 mètres de profondeur et jusqu’à 10 mètres de diamètre. Mais attention si vous fragmentez les rhizomes lorsque vous essayez tant bien que mal de l’extirper du sol, sachez qu’un tout petit petit fragment d’1 cm (soit 7 g il paraît) peut former un nouvel individu. Mais alors comment fait-on ? Malheureusement pour vous, ce ne sera pas dans cet article que je vous dirais comment se débarrasser de cette plante (ici on AIME les plantes… surtout bien assaisonnées).

La renouée du japon, mais pourquoi ce nom si mystérieux ? Bon cela paraît évident qu’elle vient d’Asie de l’est et probablement du Japon (Mister Obvious me direz-vous). Le mot “renouée”, que vous retrouvez dans d’autres espèces présentes en France (renouée des oiseaux, renouée persicaire, renouée faux-liseron…) ferait référence à l'aspect de la tige aux nœuds très renflés. D’ailleurs ses tiges creuses érigées, rougeâtres, sont semblables à des cannes de bambou : ce qui lui vaut aussi le nom de “bambou japonais” au Québec (oui oui me demandez pas pourquoi ils ont rajouté japonais sachant que certains bambous “normaux” viennent aussi du japon). La renouée fait partie de la famille des polygonacées comme l'oseille, la rhubarbe et le sarrasin : ce nom qui provient de Polygonum fait d'ailleurs aussi référence aux nombreuses articulations qui figurent sur ces plantes.

Ses petits noms scientifiques Reynoutria japonica Houtt. ou Fallopia japonica Ronse Decr. rendent tous deux hommages à des naturalistes et botanistes du 16ème siècle respectivement Karel van Sint-Omaars, connu sous le nom de Baron van Reynoutre et Gabriel Fallope.

Mais comme toute personne un peu envahissante, la renouée du japon a le souci d’aider. Voyons ensemble ce qu’elle a à nous offrir !

Une métalleuse jusqu’au bout des racines !

La renouée du japon tolère (mieux que moi) le métal, voire elle l’apprécie. Dans son biotope d’origine, elle se développe sur des sols chargés en métaux lourds : cadmium, cuivre, zinc, chrome et niobium. Ainsi, elle est davantage concurrentielle sur ces types de sol puisque les autres plantes ont dû mal à rester. Pour Gérard Ducerf, la présence de métaux est même une condition de levée de dormance des graines de renouée du japon, une histoire de symbiose avec des bactéries (vidéo ici). Force est de constater qu’on la retrouve en France le long des routes où des glissières étaient déposées lors des travaux et le long des cours d’eau pollués par les activités humaines, qui déposent les métaux lourds sur les berges par sédimentation. La renouée du Japon est donc bel et bien une plante bio-indicatrice. (Petit bonus : Lorsqu’on utilise les plantes pour trouver des gisements, on parle de prospection géobotanique.)

Est-ce qu’elle accumule les métaux lourds ? Oui, les métaux comme le zinc, cuivre et plomb se trouvent en plus grande quantité dans ses racines, suivis de ses feuilles puis des jeunes pousses. Cependant, même si elle paraît du coup intéressante pour faire de la phytoremédiation (utilisation des plantes pour dépolluer des sols), la quantité qu’elle prélève ne semble pas suffisante pour que ce soit vraiment efficace..

Tout est bon dans la renouée du japon ! Et en plus ça soigne !

Il veut nous faire manger de la renouée du Japon alors qu’elle accumule des métaux lourds ?” Voici la question que vous vous posez probablement et vous avez raison ! En effet, en France, il est possible que sa présence indique des sols pollués et que la végétation qui se développe dessus est impropre à la consommation humaine. Il faut donc être « sûr » de la station où s'effectue la cueillette. Je vais quand même vous donner quelques utilisations culinaires, si vous voyagez notamment. Au niveau du goût, la renouée du Japon se rapprochera de la rhubarbe car elle contient de l’acide oxalique (toxique en excès : problématique pour les reins).

Si vous aimez le sarmale (plat roumain et moldave), vous pouvez remplacer les feuilles de chou ou de vigne par des jeunes feuilles de renouée du Japon.

Au printemps, les jeunes pousses (semblables à celles du bambou) peuvent aussi être consommées crues ou cuites. Au japon, on enlève l'écorce et on les mange crues. Les enfants les ramassent sur les bords des chemins et les mâchent en marchant. L'hiver, lorsque les tiges commencent à disparaître, on peut récolter les rhizomes et on peut les mettre à sécher. Ils sont appelés kojôkon au japon (racine de canne de tigre). Ils seront utilisés à fin des médicinales pour amollir les selles et augmenter les sécrétions urinaires (diurétique). Ils sont aussi astringents et stoppent les hémorragies, malaxés et appliqués sur les blessures. Enfin, ils calment la douleur d'où le nom japonais de itadori : ôte-douleur.

Elle aurait aussi la vertu de permettre le ralentissement du vieillissement cellulaire grâce à une molécule anti-oxydante qui la compose : le resvératrol. Des entreprises l'extraient et la vendent à des industriels qui l'incorporent à des crèmes cosmétiques et à des gellules alimentaires.

Du fourrage et du pollen pour les élevages !

Si elle est comestible pour nous, elle l’est aussi pour les animaux. Mais des excès de métaux lourds peuvent aussi leur porter préjudices, même si certaines espèces et races sont plus tolérantes que d’autres. Toutefois, avec des animaux et des sites de pâturages bien choisis, elle n’en reste pas moins une excellente fourragère. En effet, d’après Gérard Ducerf, elle aurait été historiquement introduite au Moyen Âge par la route de la soie pour faire du fourrage au vu de sa biomasse importante. Au XIXe siècle, elle aurait été également ré-introduite pour son caractère fourrager mais aussi mellifère dans un jardin aux Pays-Bas par Philipp Franz von Siebold, médecin officier de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales en poste à Nagasaki. Et oui, elle est intéressante pour les abeilles afin de constituer des réserves hivernales car elle fleurit en automne. Les apiculteurs du nord-est des États-Unis en font un miel monofloral, appelé bamboo honey (« miel de bambou »), de couleur brun foncé, corsé comme le miel de sarrasin.

Sources :

Brock, J., Child, L., Waal, L., and Wade, M, The invasive nature of Fallopia japonica is enhanced by vegetative regeneration from stem tissues. Plant invasions : general aspects and special problems, Workshop held at Kostelec nad Cernymi lesy, Czech Republic, 16 septembre 1993

Conseil régional de l'environnement de l'Estrie, La Renouée du Japon

Couplan F., Le régal végétal : Reconnaître et cuisiner les plantes comestibles, Paris, Sang de la Terre, coll. « L'encyclopédie des plantes sauvages », 2015, 527 p

Constancias A., La renouée du Japon : Polygonum Cuspidatum Sieb. et Zucc. (Polygonaceae), Thèse de pharmacologie, 2008

Justyna Sołtysiak, « Heavy Metals Tolerance in an Invasive Weed (Fallopia japonica) under Different Levels of Soils Contamination », CrossRef, vol. 21, no 7,‎ 1er octobre 2020, p. 81–91

Sołtysiak, Justyna, and Teresa Brej, « Invasion of Fallopia genus plants in urban environment. », Polish Journal of Environmental Studies, vol. 23, no 2,‎ 2014

[Vidéo] Le Goût du Rêve, La Renouée du Japon, avec Gérard Ducerf, 2024, https://www.youtube.com/watch?v=BpRAqNXeru8