LE CALENDULA : le souci d'aider

Elianthe

3/9/20255 min read

Son nom latin, calendula officinalis, fait référence au mot calendrier, car ses fleurs s’ouvrent et se referment en fonction du soleil. Son nom vernaculaire, « souci », vient quant à lui du latin solsequium, « qui suit le soleil ». Rien à voir, donc, avec le mot courant de « soucis » ! Car loin de vous causer des ennuis, cette plante annuelle très répandue dans les espaces cultivés – champs, vignes, jardins – est pleine de vertus…

Championne de la dissémination

Originaire du bassin méditerranéen (sud de l’Europe, Turquie, Afrique du Nord), la belle astéracée a étendu son implantation jusqu’au nord de l’Europe. Rustique, elle a beau être annuelle, elle se débrouille très bien pour se re-semer toute seule, notamment grâce à sa stratégie d’essaimage spectaculaire : alors que la plupart des plantes se contentent d’une seule technique pour disperser ses graines (par le vent pour l’érable, par l’eau pour le nénuphar, ou via l’ingestion par les animaux pour les cerises), le calendula joue sur 3 tableaux ! Ses graines les plus longues poussent vers l’extérieur et sont dotées de crochets : leur but est de s’accrocher au pelage d’animaux de passage, et d’aller tenter leur chance loin du pied mère (méthode appelée zoochorie). Puis viennent des graines larges, dotées d’ailettes, qui se déplaceront par le vent (anémochorie) ou l’eau lors de grosses pluies (hydrochorie). Enfin, au centre du calice*, se cachent de petits graines compactes, qui tomberont au sol près du pied mère, tout bêtement par gravité (barochorie). Impressionnant n’est-ce pas ?

L’indispensable de votre trousse de toilette

Mais ça, c’est une fois que sa fleur est fanée. Et c’est avant tout la fleur fraîche et en pleine forme qui nous intéressera ! Vous la reconnaîtrez à ses grands capitules* jaune-orangé, juchés sur des tiges vert clair ornées de longues feuilles légèrement rugueuses. Ces fleurs sont utilisées en médecine depuis le Moyen-Âge, puisqu’elles sont – prenez bien votre respiration – antimicrobiennes, anti-inflammatoires, antiseptiques, cicatrisantes, antispasmodiques (calment les spasmes, principalement de l’intestin) et emménagogues (régularisent le cycle menstruel). Fiou, tout ça ! Ces bienfaits sont notamment liés à la présence de flavonoïdes – du latin flavus, « jaune » – molécule qui protège certains végétaux des virus, bactéries et champignons, qui donne aussi sa fameuse couleur au souci.

Plus concrètement, le calendula peut être utilisé en tisane, soit pour activer le foie et aider le système digestif à éliminer les déchets, soit chez la femme, pour stimuler la production d’œstrogène, favoriser l’apparition des règles et en réduire les douleurs. En teinture-mère*, il soignera aphtes et gingivites.

Miam miam & jardin

Bref, revenons à des choses plus facilement vérifiables, à savoir le plaisir de nos papilles et de nos yeux : les pétales solaires du calendula sont également comestibles, et sauront pimper vos salades estivales lorsqu’elles sont fraîches, ou décorer vos carrotcakes lorsqu’elles sont séchées (ça impressionne pas mal les invité.e.s). Vous pouvez même faire des pickles avec ses boutons, façon câpres.

Assez parlé de cuisine et de pharmacopée : sortons au jardin ! Le souci est souvent utilisé en maraîchage bio ou au potager comme plante compagne. Votre potager pullule de pucerons ? Choisissez le calendula ! D’une part, son parfum les perturbera au point qu’ils ne trouveront pas vos délicieux légumes, qui s’en retrouveront protégés ; d’autres part, elle attire les syrphes (photo) et macrolophus, qui adorent mettre les pucerons à leur menu. A l’inverse, le souci éloigne les mouches blanches (aleurodes) – qui hésiteront à venir squatter les serres de tomates, concombres et salades, qu’elles chérissent d’habitude – et les doryphores, qui laisseront vos pommes de terre tranquilles. Enfin, mais ça c’est plus commun, elle attire les pollinisateurs (bzz bzz).

Et sa belle couleur jaune-orangé alors, on ne peut rien en tirer ?

Eh bien si ! Ses pigments, contenant des caroténoïdes et flavonoïdes, sont utilisés en colorant alimentaire dans le beurre et le fromage par exemple. Mélangé avec un henné neutre, il révèle les reflets des cheveux châtains et blonds. Vous pouvez également en faire une teinture pour textile, allant du beige au jaune vif.

Pour finir en beauté, un petit poème qui me met en gaité…

Je veux chanter, Cher ouvrier, le Souci,

Qui te plaît tant et qui me plaît aussi ;

Non les soucis dont Amour me fait guerre,

Mais les soucis étoiles de la terre :

Ainsi les Soleils des jardins, tant ils sont

Jaunes, luisants et dorés sur le front. [...]

Soit que ma Dame autrefois m'ait donné

Ta couleur jaune, ou que l'âme inclinée

A voir, sentir et contempler ta fleur,

Sur tous parfums estime ton odeur,

Jamais repas ne me fut agréable,

Si ton bouton n'enfleurit une table,

Salade, pain et toute la maison

Aux plus beaux mois de la prime saison.


Pierre de Ronsard (1524-1585), "Le Souci"

Sources :

Trotignon E., Le Petit Livre des Plantes Médicinales, éditions du Chêne, 2013

Debuigne G. et Couplan F., Le Petit Larousse des Plantes Médicinales, éditions Larousse, 2019

Thévenin T., Perraudeau C., Jousson J., Le Chemin des Herbes, éditions Ulmer, 2019

Boddaërt S., Végétalitude, Teinture aux Fleurs de Calendula, 2021, https://www.vegetalitude.com/post/teinture-calendula

Mais c’est sans doute en pommade ou en macérat huileux qu’il est le plus courant : un « must-have » dans votre trousse de toilette, pour soigner votre peau en toute circonstance ! L’été, il soulagera les coups de soleil et les piqûres de moustiques ou autres insectes pas très délicats ; l’hiver, il soignera votre peau desséchée et les engelures. Il atténue également l’acné, l’eczéma, les verrues et les fesses des bébés.
Pour l’anecdote, à la Renaissance, on la préconisait aussi contre la jaunisse, car… ses pétales ont la même couleur que la bile… ! Cette idée (fausse) provient de la théorie des signatures, développée par le suisse Paraceste au XVIe siècle, selon laquelle la couleur ou la forme des plantes révéleraient les maladies qu’elles peuvent soigner. Ainsi, Dieu aurait « signé » les plantes pour indiquer aux humains leur utilité, d’où le nom de « théorie des signatures »…