L’ORTIE : une plante polyvalente de mauvais poil...

Aromatth

2/1/20255 min read

Les orties et la matière organique : une grande histoire d’amour

Lorsque l’on s’intéresse aux caractères bio-indicateurs des orties que Gérard Ducerf a parfaitement décrit dans ses ouvrages, on se rend compte que les orties aiment s’enraciner dans beaucoup, beaucoup de matière organique (MO). Vous trouverez ainsi des orties sur d'anciennes fumières. La grande ortie, Urtica dioica L. indique un changement d’état du fer dans les sols par hydromorphismes (= excès d’eau) et surtout des excès de MO végétale archaïque et/ou de MO animale. Quant à elle, l’ortie brûlante, Urtica urens L. indique des excès en M.O animale particulièrement celles des oiseaux et volailles.

Aaaah l’ortie, tout le monde la connait mais pas grand monde s’y frotte. En même temps, la raison est simple, elle pique ou plutôt elle brûle. En effet, les petits poils présents à la surface de ses feuilles et de sa tige pénètrent dans la peau, s’y brisent (comme des ampoules de médicaments) et libèrent un liquide quelque peu irritant. C’est un mélange d'histamine, d’acétylcholine et de sérotonine avec une pointe d’acide formique. Un beau cocktail de molécules qui provoquent une sensation de démangeaison. C’est d’ailleurs pour cette propriété « ardente » qu’on lui a donné ce nom-là, un dérivé du latin urtica dérivé lui-même du mot uro qui signifie « brûler ».

Mais je vais vous donner une petite astuce si vous vous faites piquer. Il est souvent possible de trouver non loin de là des plantains, peu importe leur âge, qu’ils soient majeurs ou mineurs, ils vous apporteront apaisement. Les différents acides (chlorogénique, cinnamique, férulique, gentisique, …) et le mucilage qu’ils contiennent ont des propriétés anti-inflammatoires : un soulagement apprécié.

Parmi les orties (genre Urtica), il existe plusieurs espèces : la grande ortie ou ortie dioïque (Urtica dioica), la petite ortie ou ortie brulante (Urtica urens), l’ortie douteuse ou à membrane (Urtica membranea), l’ortie romaine ou à pilule (Urtica pililifera) et l’ortie de Dodart ou noirâtre (Urtica astrovirens). Ce sont les deux premières les plus répandues en France métropolitaine.

L’ortie est un concentré de propriétés intéressantes pour les êtres humains (molécules médicinales, fibre solide, nutriments, …). Tant d’usages pour une seule plante que l’on se demande encore pourquoi les êtres humains ne l’ont pas surexploitée. Sans aucun doute qu’elle peut remercier ses poils. Et oui pas d’esthéticienne chez les plantes.

Maintenant, voyons ensemble ce que l’on peut faire avec l’ortie :

"J'aime l'araignée et j'aime l'ortie parce qu'on les hait et que rien n'exauce et que tout châtie leur morne souhait"

Victor Hugo

La panacée

De par son action minéralisante, l'ortie nourrit les articulations abîmées. Elle permet à la fibre osseuse et cartilagineuse de se régénérer. Sa richesse en silice permet une meilleure formation du collagène, cette famille de protéines que l'on retrouve partout dans le corps et qui permet de fortifier l'édifice. Elle est l'alliée de nos os et cartilages qu'elle bichonne avec beaucoup de soin.

L'ortie est aussi très diurétique. Vous le remarquerez vite si vous buvez plusieurs tasses d'infusion bien dosée avant d’aller dormir. Cet effet permet d'accélérer l'élimination de certaines toxines au niveau des reins.

Enfin, l'ortie a un effet anti-histaminique. Fini ou presque le nez qui coule parce qu’il y a du pollen de graminées dans l’air ! Elle se verrouille sur les récepteurs histaminiques et empêche la dégranulation des mastocytes et la libération d'une foule de médiateurs pro-inflammatoires qui causent les symptômes du rhume des foins.

L’amie des végétariens et des femmes

L’ortie est une plante très riche nutritionnellement. Elle contient les 8 acides aminés essentiels et une bonne quantité de protéines, entre 16 à 40 % de son poids sec. Et un steak en moins ! Elles apportent aussi du fer et de la vitamine C qui aide à son assimilation : idéal pour les personnes anémiques.

Ainsi, vous pouvez l’utiliser en soupe, en salade, en soufflés, en quiche ou en remplacement des épinards. Vous trouverez d’ailleurs une recette de cake à l’ortie sur ce site.e ici ...

Une autre corde à son arc

Comme le chanvre, les longues fibres de la grande ortie, Urtica dioica L. peuvent être filées pour faire de la corde et des toiles de qualité comme cela se faisait dans plusieurs régions d'Europe. Vous retrouverez un article : « Comment faire son bracelet en ortie ? »

« L’odeur est l’intelligence des fleurs » mais pas que…

Aaah, qui n’a jamais aimé respirer à plein poumon proche d’un beau purin d’ortie ? Personne je suppose ! En effet, le purin d'ortie est une macération d’orties hachées dans de l’eau qui sert à bien des usages et notamment comme fertilisant en arrosage de par sa richesse en azote : qui lui apporte d’ailleurs cette odeur nauséabonde. On peut aussi l’utiliser comme fongicide et insecticide naturel en pulvérisation foliaire et comme éliciteur et activateur de croissance. Ne tardez plus à faire votre propre purin (loin des espaces reniflés) grâce à ce tuto.

C’est également une plante fourragère lorsqu’elle est jeune et hachée crue. Elle était donnée traditionnellement aux volailles ; c'était un régal réservé aux canetons. Jeune et soumise à dessiccation, elle peut être donnée au bétail.

Sources :

Couplan F., Dégustez les plantes sauvages, Editions Ellebore, 2007, p. 230.

Couplan F., Les plantes et leurs noms. Histoires insolite, Éditions Quae, 2012

Lyphout J-F., Purin d'ortie et extraits végétaux, Ulmer, 2015, p. 9

Lavier E., Canivenc-Lavier M-C., Bien manger pendant un cancer, Hachette Pratique, 2017, p. 59

Moro Buronzo A., Les incroyables vertus de l'ortie, Archamps (France), éditions Jouvence, 2011, 160 p. « La fibre d'ortie »

Mostade J-P., L'ortie et ses mille secrets, TheBookEdition, 2015, p. 23.

Riehemann K, et al. Plant extracts from stinging nettle (Urtica dioica), an antirheumatic remedy, inhibit the proinflammatory transcription factor NF-κB. FEBS Letters. 1999